Se réunit une fois par mois environ autour d'un livre ou d'un auteur. Soirées à thème, sorties, invitation d'auteurs...

samedi 27 juin 2020

LE JAPON




Pour notre soirée japonaise, janvier 2020, nous avons été accueillis par Anne, notre geisha d’un soir, vêtue d’un kimono et d’une coiffure noire à petites tresses.

Cette ambiance nipponne fut agrémentée d’objets, d’estampes et parmi  les plats apportés, des  ‘’dorayakis’’ réalisés selon la recette des ‘’Délices de Tokyo’’.Nous avons voyagé à travers le Japon grâce au très bel album photos en scrapbooking  de Michelle, une projection de photos nous a fait découvrir quelques traditions de ce pays  comme la fête des cerisiers en fleurs (Sakura), l’art floral (Ikebana), différents kimonos, obis (nœuds), chaussures (getas, okobos ).

La littérature japonaise étant très riche, nous avons pu lire des œuvres très variées, toujours poétiques comme : Le ruban d’Ogawa Ito , Les délices de Tokyo de Durian Sukegawa, Des hommes sans femmes haruki  Murakami, Dojoji et autres nouvelles de Yukio Mishima, qui explore toutes les facettes d’un Japon mythique  entre légende et tradition, univers des geishas mais aussi des samouraïs.



LES DELICES DE TOKYO 

Durian SUKEGAWA né en 1962, scénariste, romancier, poète, artiste de rue. En 1990, il crée l’association des poètes qui hurlent, un groupe de punk-rock déclamant de la poésie contemporaine.

En 1995/2000, il anime sur une radio nationale une émission nocturne plébiscitée par les collégiens et les lycéens.

Les Délices de Tokyo est l’histoire de Sentarô, un pâtissier japonais qui exerce son métier sans grande passion pour rembourser des dettes contractées après un séjour en prison. Chaque jour, il ouvre sa petite échoppe et prépare des dorayaki, sortes de petites crêpes japonaises fourrées d’une pâte sucrée de haricots rouges. Mais les ingrédients que Sentarô utilise sont industriels, ses crêpes manquent de goût, et sa petite affaire vivote tant bien que mal. Un jour, une vieille dame du nom de Tokue se présente pour lui offrir ses talents de pâtissière et lui fait goûter de la pâte de haricots qu’elle a faite  et qu’il trouve délicieuse. Elle lui précise qu’elle a une expérience de 50 ans en cuisine , qu’elle a envie de travailler et que la somme qu’il lui propose lui convient. Sentarô refuse dans un premier temps, mais il finit par accepter de l’embaucher, malgré un étrange pressentiment face à cette vieille femme aux mains difformes. Lorsqu’un jour, pendant l’absence de Sentarô, c’est Tokue qui prépare et vend les pâtisseries. En dépit de son infirmité, Tokue révèle des dons inégalés pour préparer la pâte de haricots rouges, et bientôt les clients affluent dans la pâtisserie. Parmi eux se trouve Wakana, une lycéenne curieuse qui va se prendre d’amitié pour Sentarô et Tokue. Le trio vit des moments heureux dans la petite boutique. La propriétaire du magasin demande à Santarô de se séparer de cette vieille femme victime, peut-être de la lèpre. Mystérieusement Tokue va disparaitre.

Sentarô et Wakana comprendrons peu à peu que cette vieille dame a été enfermée toute sa jeunesse dans un sanatorium puis s’est  battue avec d’autres lépreux  pour faire  abroger la loi qui les maintenait enfermés après leur guérison.

Sentarô confie à Tokue qu’il voulait être écrivain et après avoir fait de la prison, il est devenu gérant de cette pâtisserie,  son rêve de devenir écrivain, s’étant envolé.



Les personnages principaux du roman, ont tous les trois vécu des expériences douloureuses comme la maladie, la prison ou l’isolement.

Au début du livre, les personnages gardent une part d’ombre et au fur et à mesure leur personnalité et leur histoire nous sont dévoilées.

Tokue est une belle personne, très bien interprétée dans le film de Naomi  Tawase comme les autres  personnages avec beaucoup de sensibilité.

L’histoire est émouvante, elle nous met les sens en éveil et rend bien la magie des cerisiers en fleurs.

Style

Très agréable à lire, dépaysant, écriture fluide, dommage que la traduction des dialogues soit trop simpliste au reste de l’œuvre,  la magie est magnifiquement adaptée par le film.

contexte

L’histoire se passe dans un petit quartier de Tokyo à la fois bruyant et silencieux, les gens y sont disciplinés, aimables,  polis, on y parle des souffrances  (tremblements de terre, guerre, lèpre).





Julie Otsuka est née d'une mère américaine d'origine japonaise et d'un père japonais  à  Palo Alto, en Californie le 15 mai 1962. Aujourd’hui, elle vit à New York.

En 1984, elle fait ses études supérieures à l'université de Yale où elle a été diplômée en art (peinture et sculpture).

Julie Otsuka a commencé par la peinture. Elle a peint beaucoup, "de façon libre et inconsciente" dit-elle, jusqu'au moment où elle s'est inscrite à l'université pour poursuivre des études dans cette discipline. Et là, la pression et l'obligation de produire beaucoup et selon certains critères l'ont coupée de son inspiration et elle a abandonné ses études et la peinture. Influencée par des auteurs comme Duras et Annie Ernaux, elle  se consacrera à l'écriture.

Inspirée de son histoire familiale, Quand l'empereur était un dieu  est son premier roman.

En 2012, son second roman Certaines n’avaient jamais vu la mer a reçu le PEN / Faulkner Award for fiction et le prix Femina étranger.

 RESUME DU LIVRE

Ce deuxième livre  est un récit bouleversant sur l’exil de milliers de jeunes Japonaises, parties au début du siècle dernier, épouser leurs compatriotes déjà installés en Californie.

L’intrigue de Certaines n’avaient jamais vu la mer se déroule essentiellement avant la Seconde guerre mondiale. Des milliers de jeunes Japonaises s’étaient alors mariées par correspondance avec leurs compatriotes établis aux Etats-Unis. De leur futur époux, Fumiko, Hanako ou Miyoshi ne connaissent qu’une photo,  qu’elles regardent avec espoir et elles angoissent sur le paquebot qui les emporte vers l’Amérique, le pays des géants. «Bienvenue, mesdemoiselles japonaises !», proclamait un guide édité à leur intention.

Avec leurs kimonos, leurs sandales et leurs longs cheveux noirs, ce sont des jeunes filles innocentes qui rêvent d’un monde meilleur. «Sur le bateau, nous étions presque toutes vierges», dit l’une d’entre elles. A l’arrivée, ces exilées découvrent des maris  misérables, qui travaillent comme des forçats dans les champs ou dans les blanchisseries des villes californiennes. Puis c’est la nuit de noces avec un inconnu.

Plutôt que de raconter le parcours d’une de ces femmes, elle parle de leur histoire à toutes, emploie la première personne du pluriel, faisant de la somme de toutes ces vies une tragédie humaine bouleversante, emblématique de l’exil et d’une tromperie collective. Julie Otsuka raconte aussi la nostalgie du pays natal, le regard des Blancs et celui, des décennies plus tard, de leurs enfants devenus de vrais petits Américains.

Puis c’est un second exode, sur le sol américain, lorsque le Japon déclare la guerre aux Etats-Unis. C’est le temps de l’internement dans les camps. Dans un chapitre final, la romancière boucle son très beau livre en reparlant de ce sujet trop longtemps demeuré tabou.

La plus jeune a douze ans et la plus âgée trente sept ans. La plupart d’entre elles sont de petites paysannes que leur famille ne peut entretenir. Plutôt que d’être vendues comme geishas, elles ont accepté d’épouser des compatriotes, partis travailler sur la côte ouest des Etats-Unis. Elles n’ont vu d’eux que des photos, envoyées au pays, photos bien loin d’être fidèles aux modèles. Sur le bateau, elles s’imaginent arriver dans un pays de cocagne. Ces « picture brides », mariées de papier, vont déchanter en une nuit. Récupérées par des hommes frustres, pauvres, brutaux, elles deviendront esclaves domestiques et rempliront les tâches les plus ingrates afin que leurs enfants, qui naîtront américains, aient une vie meilleure.
Ce n'est pas un roman historique, mais un roman dans l'Histoire. Sur un sujet tabou aux Etats-Unis, le déplacement et l'internement de quelque 120 000 Japonais, en 1942, après l'attaque, le 7 décembre 1941, par l'aéronavale japonaise, de la base américaine de Pearl Harbor. .

STYLE    
 Un ouvrage d'une richesse exceptionnelle malgré le style  rébarbatif. A lire jusqu'au bout,  (on peut de temps en temps interrompre la lecture, vaquer à d'autres occupations avant d'y revenir), même si, à la fin, on reste sur sa faim concernant le sort de ces Japonais. Connaissant l'existence des camps d'émigrés japonais sur le sol américain, à la suite du bombardement de Pearl Harbour, ce livre m'a apporté  la perception des femmes japonaises,  victimes à double titre : de la vie de semi-esclaves qui les attend aux EU, puis de leur traitement, avec leurs proches, comme "ennemis de l'intérieur".  A travers ce récit, on comprend mieux la place des femmes dans la société japonaise de l'époque (ce qui les a poussées à s'expatrier par exemple), au sein des familles (une fois mariées), certaines différences entre la culture japonaise et notre culture occidentale (comme l'attitude face à la discrimination), etc.
 C’est une écriture très fragmentée, l'impression de lire un listing pas très agréable. J'ai donc eu une impression positive sur le fond, mais plutôt négative sur la forme.  
Je rajouterai qu'il faut un talent certain pour dépeindre l'abnégation et l'optimisme du désespoir, de ces femmes qui rappellent le flux et le reflux sans fin des vagues de cette mer que certaines n'avaient jamais vue.

Michelle nous raconte KYOTO, un séjour qu’elle a vécu.

Kyoto ou Kyōto Écouter (京都市Kyōto-shi, littéralement « ville capitale ») 



Est une ville japonaise de la région du Kansai, au centre de Honshū. Elle fut de 794 à 1868 la capitale impériale du Japon, sous le nom de Heian-kyō  Capitale de la paix et de la tranquillité.

Elle est aujourd'hui, avec ses palais impériaux, ses milliers de sanctuaires shinto de temples bouddhistes et ses maisons en bois traditionnelles, le cœur culturel et religieux du pays.

 La ville est aussi la capitale de la préfecture de Kyoto ainsi que l'une des grandes villes de la zone métropolitaine Keihanshin (Osaka-Kobe-Kyoto). Sa population est de 1,46 million d'habitants (estimations 2019).

Kyoto est divisée en onze arrondissements :


Ce sont des divisions municipales disposant d'un bureau municipal mais elles ne sont pas, comme c'est le cas à Tokyo, dirigées par un conseil.

Sa renommée vient également de ses traditions comme la cuisine kaiseki, repas composé de plusieurs plats étudiés, et du district de Gion, le quartier des geishas (femmes proposant des prestations de divertissement).

La population de Kyoto parle un dialecte appelé le kyōto-ben, une version du kansai-ben. Mais il existe aussi des mots typiques de certains quartiers et le kyōto-ben est souvent assimilé au dialecte utilisé dans le célèbre quartier de Gion, par les geiko (équivalentes aux geishas, mais cette appellation-là est traditionnellement utilisée à Kyoto, ou dans la région Ouest du Japon) et les maiko, les apprenties des geiko, notamment.

Il est possible de parcourir à Kyoto le chemin de la philosophie, chemin qu'empruntait le philosophe KitarōNishida tous les jours, afin de méditer.

Épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, Kyoto échappa de peu à la destruction atomique, car la ville figurait en tête des cibles désignées par le comité des objectifs américain.

 La ville fut finalement rejetée à la suite de l'intervention du secrétaire de la Guerre des États-Unis Henry Lewis Stimson et de conseillers, dont le Français Serge Elisseeff, qui connaissaient la richesse culturelle de la ville, et estimèrent que sa destruction serait un obstacle grave à une réconciliation ultérieure avec le Japon.

Les monuments historiques de l'ancienne Kyoto (villes de Kyoto, Uji et Ōtsu) ont été inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco en 1994. En 1997, Kyoto accueillit la conférence qui donna naissance au Protocole de Kyoto.



Article à lire ci-dessous :

Le monument de la paix des enfants.docx

Article à  lire ci-dessous

Analyse du livre KYOTO KAWABATA YASUNARI.docx







Le haïku est un poème très court de trois vers,
le premier de cinq syllabes, le deuxième de sept syllabes,
et de dernier de cinq syllabes, soit dix-sept syllabes en tout.
C'est le poète Bashô (1644-1694) qui illustra ce genre avec la plus grande maîtrise.


  Furuike ya (une vieille mare)                               

 Kawazu tobikomu  (une grenouille plonge)                             

 Mizu no oto (l’eau se brise)  




samedi 18 janvier 2020










Première rencontre en 2020

LITTERATURE  JAPONAISE  


Vendredi 31 janvier 2020 à 19h 00

salle de la solidarité  ESCALQUENS

samedi 28 décembre 2019

BELOVED de Toni MORRISON



Toni Morrison née le 18 février 1931 à Lorain dans l'Ohio et morte à New York le 5 août 2019.


En novembre 2019, nous avons voulu rendre  hommage

à cette romancière.



Fille d’ouvriers, elle a été romancière, essayiste, critique littéraire dramaturge, librettiste, professeur de littérature et éditrice américaine. Elle a été lauréate du prix Pulitzer en 1988 et du prix Nobel de littérature en 1993.
Elle est à ce jour la huitième femme et le second auteur afro-américain à avoir reçu cette distinction. Toute sa vie, elle a défendu la cause des opprimés.


Dans L’œil bleu, elle raconte son enfance, elle avait déjà le sentiment d’appartenir à une race inférieure, on y retrouve l’écriture violente de Faulkner qui l’a influencée.

Elle emploie le terme imagé de femmes ‘’sans peau’’ pour qualifier les femmes noires, c’est-à-dire invisibles, rejetées, elle reprendra ce terme dans d’autres livres. 


Son livre, home  le retour au pays d’un jeune soldat noir, traumatisé après avoir fait  la guerre de Corée (1950-1953) et  qui parcourt  les Etats Unis à la recherche de sa sœur. Celle-ci a été abusée par un médecin mais s’en sortira grâce à une rebouteuse. 





Un roman dont les chapitres sont courts et qui donne la parole à chacun des personnages qui deviennent très attachants. Un roman difficile à comprendre et dur mais un bel hommage à tous les opprimés.






Un autre roman un don 


qui  se passe au 17ème siècle et traite essentiellement de la servitude  que de l’esclavage, écrit comme un puzzle, dont il faut assembler les pièces.














Autre roman  love  est une saga familiale où se mêlent amour et scène de viol, une étude sociale avec une multitude de personnages complexes, mais très bien décrits et où la parole est enfin libérée.






Nous nous attacherons plus particulièrement au roman BELOVED écrit à 56 ans et qui a rencontré un énorme succès. Inspiré d’un fait réel survenu en 1856, Beloved exhume l’horreur et la folie d’un passé douloureux. Toni Morrison a reçu en 1993 le prix Nobel de littérature pour ses romans caractérisés par une force visionnaire et une portée poétique.

Le roman se situe juste après  la guerre de Sécession,  dans les états du sud (les états du sud esclavagistes étaient opposés aux états du nord abolitionnistes).

A travers ce livre, Toni Morrison raconte le vécu de ses grands parents. Elle n’a pas de haine, ne l’ayant pas vécu directement, elle veut juste comprendre  pourquoi.  Comme le prisonnier dans le livre si c’est un homme de Primo Lévi qui est entrain de sucer un glaçon, le garde lui prend et l’homme lui dit « pourquoi ?» et le garde lui répond :  « ici, il n’ya pas de pourquoi ».


(à voir de très belles vidéos sur Toni et le film Beloved

qui complète bien le livre)



La lecture de ce roman est éprouvante par son écriture trouble.

Les phrases sont déstructurées et longues (où est le sujet, le verbe,  le complément ?) comme  sont parfois nos pensées. Il faut relire plusieurs fois des phrases pour les comprendre, cette écriture traduit la souffrance des esclaves.

Le langage est soit familier, soit soutenu et parfois  désuet comme l’est le parler africain.  Ce livre a  dû être difficile à traduire, il a d’ailleurs nécessité le travail deux personnes.

Chaque personnage parle à son tour et ne se nomme pas forcément, les voix se répondent, résonnent ensemble comme les chants polyphoniques corses.

Il y a beaucoup de  retours en arrière,  car la vie des personnages est peuplée de souvenirs, de fantômes. On ne sait pas pour certains personnages s’ils sont blancs ou noirs (voir Payé, Acquitté, Amy) mais on peut le deviner (dans le film, on peut le voir, ceci est sans doute voulu  par l’auteur pour montrer que la couleur de peau ne fait pas l’humain).

Des  noirs ou des animaux ne sont pas appelés par leur prénom par les blancs  mais désignés par leur fonction : « Payé-Acquitté»  « lever-couché », ce que nous trouvons drôle, mais qui est réducteur.

Il y a de très belles images, de très belles descriptions, tous nos sens sont mis en éveil, la nature est toujours présente avec les bouquets de fleurs nécessaires à Sethe pour illuminer les journées, l’arbre refuge que Paul D appelle « Frère».

Les personnages sont attachants :

Baby-Suggs, la belle-mère de Sethe qui a souffert de l’esclavagisme, a été violée plusieurs fois, elle a pu être  rachetée  grâce à son fils  et sera au service de deux blancs, les Bodwin, qui la respecteront et lui donneront une maison où elle accueillera Beloved et ses deux frères puis Sethe avec Denver.

Baby-Suggs a réussi à faire résilience, malgré toute la violence physique et morale  qu’elle a subi de la part des blancs , elle devient même sage et prêche pour ses frères, au milieu de la forêt et leur demande d’accorder de l’importance à leur cœur meurtri qui bat toujours.

A la façon de Jésus, qui multiplie le pain et le vin,  elle leur offrira un festin qui amènera le doute  chez eux, ne serait t’elle pas une sorcière ?

Payé-Acquitté fait traverser la rivière à Sethe et lui permet donc de s’enfuir et  sauve in extremis Denver quand Sethe commet l’irréparable.

Amy  porte bien son prénom, petite sauvageonne, dont on ignore sa couleur de peau et qui aide Sethe à accoucher et à s’enfuir.

Paul D, aime Sethe, il  a vu tout ce que Sethe avait enduré au Bon Abri  ou il travaillait comme esclave  avec elle, il connaît sa force de caractère et l’admire. Il part à sa recherche et la retrouve au bout de plusieurs années. Elle se confie à lui, Il essaye de combattre le fantôme agité de Beloved qui hante la maison et rend la vie impossible à Sethe et Denver. Il découvre avec effroi l’horrible cicatrice marquée dans son dos par des coups de fouets.

Denver, la fille ainée de Sethe vit seule avec sa mère. Elle souffre de  solitude et  sera heureuse de l’arrivée de Beloved qu’elle couvre de tendresse et qu’elle s’accapare.

Mais Beloved devient de plus exigeante et Denver devine que c’est le fantôme de sa sœur réincarnée. Elle se rend compte que Beloved fait trop souffrir sa mère qui ne vit que pour elle. Elle décide de partir travailler pour sortir de cet enfer, prendre du recul  et pouvoir aider sa mère qui dépérit.

Maîtresse Jones, vers qui Denver vient  chercher du soutien, à la fin du roman, lorsqu’elle est désemparée. Cette femme blanche a vu qu’elle était intelligente et apprenait bien,  qu’elle avait une forte personnalité, va l’aider à nourrir les siens, à trouver du travail. Janey, employée de maison des Bodwin partagera des tâches avec elle.

Le groupe de femmes, qui donneront de la nourriture viendront au 124 et pratiqueront une séance d’exorcisme qui fera disparaître Beloved et empêcheront Sethe de tuer le frère Bodwin.


Sethe, personnage central de l’histoire,  bouleversante car à travers  elle, l’auteur  veut nous montrer  les ravages que l’esclavagisme peut  produire chez un être humain :

- souffrance morale : humiliation, perte de la personnalité, réduction de l’homme à l’état d’animal (voir les propos du dénommé Maître d’école).

- souffrance physique (le mors entre les dents qui enlevé laisse une trace, chaînes aux pieds, coups de fouets qui laissent des traces comme l’arbre dans le dos de Sethe (cet arbre qui représente aussi l’arbre de vie, symbolique forte).

Cette  atroce souffrance,  Sethe refuse que ses enfants la vivent, et quand elle voit les deux neveux  de maître d’école, qui lui ont pris son lait en la tétant (scène du film très violente), elle devient folle et veut tuer ses enfants. Elle égorge Beloved qu’elle maintient prostrée contre elle, elle lance Denver que Payé-Acquitté rattrape au vol et ses deux fils survivent, la grand-mère assiste à ce moment de folie dans le film. Par cet acte irraisonné, Sethe veut épargner ses enfants, seul acte où elle conserve encore sa liberté d’agir. A la fin, quand elle verra Le frère Bodwin au 124, qui est blanc, elle croira qu’il leur veut du mal, alors qu’il vient seulement chercher Denver pour qu’elle travaille chez eux. Elle voudra le tuer, le groupe de femmes l’en empêchera. Sethe se sacrifiera pour Beloved pour se racheter, expiera son geste d’infanticide dont elle se sent tellement coupable.



Dans le film, la magnifique Thandie Newton est époustouflante et diabolique dans le rôle de beloved. Cette actrice est métisse alors que l’actrice incarnant Denver est noire. Est-ce voulu pour montrer que Beloved est le fruit d’une noire et d’un blanc ?

Beloved est recueillie par Sethe et Denver, elle n’a pas mangé depuis plusieurs jours et ne parle pratiquement pas, elle est comme à l’état sauvage.

Au début, elle se goinfre,  se laisse dorloter par Sethe et Denver. Beloved parle de mieux en mieux et  se souvient de détails,  comme les boucles d’oreilles qui  ont appartenu à Sethe et celle-ci comprend avec Denver que c’est le fantôme du bébé tué réincarné. Beloved qui se fait comprendre de mieux en mieux devient de plus en plus exigeante et méchante avec Sethe et Denver. 

Elle reproche à Sethe de ne pas s’en être occupée quand elle était petite. Sethe qui a perdu son travail se sacrifie pour Beloved. Plus Beloved grossit, plus Sethe dépérit. En quelque sorte, Beloved se nourrit de sa mère à la façon d’un cannibale (symbole), Denver souffre de cet amour exclusif. Beloved veut tout ce que sa mère possède, y compris l’amour de Paul D qu’elle force  à avoir une relation sexuelle.

Et l’on peut se demander, à la fin du film, quand on voit Beloved  nue, avec son gros ventre sur le perron de la maison, si elle est grosse de toute la nourriture mangée ou si elle est enceinte de paul D.



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Tous les lecteurs du café littéraire ont éprouvé des difficultés à lire les romans de Toni Morrison et certains ont même abandonné la lecture. Pour ceux qui ont persévéré et ont continué jusqu’au bout, ces  lectures ne les ont pas  laissés insensibles.


Anne a beaucoup aimé le livre Beloved car il  mêle réalisme, imaginaire, fantastique, dureté et beauté, les personnages sont  profonds  et émouvants. Elle a eu du mal à se détacher de ce livre et elle précise qu’il faut au moins deux lectures pour en comprendre toute la portée.

mercredi 27 novembre 2019

CHANGER L'EAU DES FLEURS




A l’occasion de notre rencontre littéraire du mois d’octobre 2019, nous avons découvert Valérie Perrin et son 2ème roman Changer l’eau des fleurs.

Après un grand succès  avec son 1er roman les oubliés du dimanche en 2015, Valérie Perrin a eu envie d’écrire un second ouvrage paru en 2018, qui a obtenu le prix de la maison de la presse.

Elle situe l’action en Bourgogne où elle a vécu une trentaine d’années, région à laquelle elle est très attachée.

Avant d’écrire, elle a été photographe de plateau et coscénariste pour Claude Lelouch, son compagnon.



Ce roman a eu un grand succès au sein du café littéraire.


 L’héroïne Violette Toussaint deviendra, avec son mari,  gardienne d’un cimetière en Bourgogne après avoir été garde barrière.

Très accueillante, elle rend cet univers des morts très hospitalier, en humanisant le cimetière, en le fleurissant, en accordant de la bienveillance aux familles endeuillées.

De plus, elle consigne sur un carnet, tous les détails des enterrements auxquels elle assiste, dans le but de garder la mémoire de tous les disparus, auprès de leurs proches.

Chaque chapitre est précédé d’une épitaphe relevée sur une tombe qui nous émeut :

‘’Dès que tes pensées t’amèneront vers les ténèbres,

prends ton sécateur

et taille dans la petite misère ‘’.

Les gens de passage et les habitués viennent se confier et se réchauffer dans sa loge. Avec la petite équipe de fossoyeurs, elle forme une famille décalée. Mais quels événements ont mené Violette dans cet univers où le tragique et le cocasse s’entremêlent pour découvrir l’univers de Violette.

Les prénoms et les noms des personnages ne sont pas donnés au hasard, c’est la sage-femme qui a donné à Violette ce prénom car elle était cyanosée à sa naissance et de mère née sous X.

En épousant Philippe Toussaint, qui lui, est  loin d’être un saint, elle devient Violette Toussaint, nom qui lui correspond bien.

Un jour, un commissaire de police l’informe que sa mère a toujours désiré être enterrée avec un certain Gabriel Prudent qui repose dans ce cimetière. Elle va avec lui découvrir l’histoire d’amour entre ces deux personnes et eux-mêmes deviendront amants.

Le mari de Violette est peu travailleur, coureur de jupons, il n’est passionné que par sa moto  et disparaîtra subitement après avoir dit à Violette, « je vais faire un tour ». On apprend longtemps après le début du roman que leur fille Léonine est morte dans l’incendie du château où elle était en colonie de vacances. Cet évènement tragique va nous révéler  le caractère profond de chaque protagoniste, c’est toute la seconde partie du livre où l’on voit que tout individu a sa part d’ombre et de lumière. Violette est habillée de gris mais elle porte des vêtements roses ou à fleurs en dessous.

Les retours arrière ou analepses  nombreux et l’imbrication des histoires de vie de chacun ont pu gêner certains lecteurs, mais tous ont aimé l’aspect très documenté  du livre et l’humour de l’auteur.

Le personnage de Violette est tellement vivant, sympathique et attachant qu’on aimerait la rencontrer et s’en faire une amie.

Comme Violette changeait l’eau des fleurs, et malgré tous les évènements douloureux qu’elle a rencontrés, elle a su rebondir, changer son existence grâce  à sa résilience, une belle leçon de vie !

N’oublions pas le très beau personnage de Sacha, qui a été garde cimetière avant Violette et lui transmet sa passion pour le jardin, qu’elle continue à entretenir après son départ  et qui joue le rôle du père qu’elle n’a pas eu.



Pour illustrer l’humour de l’auteur, voici ce que dit Violette au début du livre : 

« Mes voisins de palier n’ont pas de soucis, ne cherchent pas leurs lunettes, ne font pas leur lit, ne font pas de bruit, … »